Les journalistes qui couvrent les manifs des gilets jaunes se plaignent des violences policière

350 médias, journalistes, photographes, indépendants ou appartenant à des rédactions dénoncent, dans une tribune publiée sur franceinfo.fr, les violences policières subies par leur profession depuis le début du mouvement.

Ils alertent sur la précarisation de leurs conditions de travail et les agressions physiques et psychologiques vécues sur le terrain. Ils revendiquent leur droit à informer et la liberté de la presse.

Voici un extrait de cette tribune:

« Nous, journalistes de terrain, journalistes indépendant·e·s, en poste en rédaction, avec ou sans carte de presse, décidons de prendre la parole collectivement pour dénoncer les multiples violences d’Etat que nous subissons.

Depuis plusieurs années maintenant et plus particulièrement depuis le mouvement des « gilets jaunes », chacune et chacun à notre manière, mais toujours dans une démarche d’information, nous sommes sur le terrain quotidiennement pour documenter l’actualité.

De par notre métier de journalistes, nous sommes souvent en première ligne, au cœur de luttes sociales et parfois des confrontations entre les manifestant·e·s et les forces de l’ordre.

Nous sommes exposé·e·s, nous le savons et nous l’acceptons. Mais nous constatons qu’au fil de l’intensification du mouvement social et de ses violences, notre travail est devenu de plus en plus risqué, difficile, voire impossible.

Nos conditions de travail se dégradent. Nous constatons que ce n’est pas majoritairement du fait des manifestant·e·s, mais bien largement du comportement des forces de l’ordre elles-mêmes.

Depuis trois ans maintenant, nous assistons à une volonté délibérée de nous empêcher de travailler, de documenter, de témoigner de ce qu’il se passe pendant les manifestations.

Nous sommes de nombreux·ses journalistes à nous en plaindre. Il n’y a pas eu de manifestations ou de rassemblements ces derniers mois sans qu’un·e journaliste n’ait été violenté·e physiquement et ou verbalement par les forces de l’ordre.

Par violence, nous entendons : mépris, tutoiement quasi systématique, intimidations, menaces, insultes. Mais également : tentatives de destruction ou de saisie du matériel, effacement des cartes mémoires, coups de matraque, gazages volontaires et ciblés, tirs tendus de lacrymogènes, tirs de LBD, jets de grenades de désencerclement, etc.

En amont des manifestations, il arrive même que l’on nous confisque notre matériel de protection (masque, casque, lunettes) en dépit du fait que nous déclinions notre identité professionnelle.

Toutes ces formes de violences ont des conséquences physiques (blessures), psychiques (psychotraumatismes) ou financières (matériel cassé ou confisqué).

Nous sommes personnellement et professionnellement dénigré·e·s et criminalisé·e·s. Les signataires de la tribune Plus récemment, un cap répressif a été franchi.

Plusieurs confrères ont été interpellés et placés en garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations », alors même que nous nous déclarons comme journalistes.

Par ces faits, la police et la justice ne nous laissent ainsi que deux options :

– venir et subir une répression physique et ou judiciaire ;

– ne plus venir et ainsi renoncer à la liberté d’information.

(…) La liberté de la presse est une et indivisible. La carte de presse : une exigence abusive La grande majorité d’entre nous sont indépendant·e·s et précaires.

Au regard des réalités économiques de notre métier, la carte de presse est devenue extrêmement compliquée à obtenir, bien que nous publions régulièrement dans les plus grands titres de la presse nationale et internationale.

(…) Ce n’est pas la carte de presse qui justifie ou non de notre profession.

La carte de presse n’est qu’un outil dont l’obtention est sous-tendue à une obligation fiscale.

Tout comme nous affirmons que ce n’est pas la carte de presse qui fait le ou la journaliste, ce n’est pas aux forces de l’ordre de décider de notre droit de travailler et de témoigner.

C’est pourquoi nous exigeons du gouvernement qu’il prenne les mesures nécessaires pour que les forces de l’ordre cessent de nous harceler et nous laissent travailler librement.

La liberté de la presse est une et indivisible. »

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